Sex and horror

dimanche 20 janvier 2008

Léopoldine Gorret: «j'aime écrire et parler de sexe»

Elle affole les ventes dans les kiosques depuis qu'elle décrit sa vie sexuelle dans le magazine coquin français «Les Juliettes». Valaisanne décomplexée, Léopoldine Gorret aime «ça» et l'assume

Stéphanie Germanier - 19/01/2008
Le Matin Dimanche

C'est plutôt marrant de s'appeler Gorret quand on lance un journal qui parle de sexe, non?
C'est mon vrai nom de famille. Vu que j'en avais un peu marre qu'on fasse de mauvais gags sur le sujet, j'ai commencé à signer Gore. Pour rigoler et pour le mauvais jeu de mots vu que la plupart de mes dessins sont rose bonbon. Mais j'ai découvert qu'en vieux français, Gore signifiait truie, alors j'ai choisi de revenir à Gorret.

Le titre «Les Juliettes» c'est pas un peu trop fleur bleue pour ce genre de magazine?
Oui. Mais toutes les Juliette sont des cochonnes. Vous n'avez jamais remarqué? Les Julie et les Catherine aussi... Je rigole bien sûr.

Comment ce projet de rédaction a-t-il commencé?
Claire a gagné à la loterie et a voulu créer son journal. Elle a cherché des collaboratrices et on m'a contactée car j'avais déjà écrit pour Hot vidéo, un magazine cinématographique porno.

Et ça vous plaît de jouer les femmes sans tabou?
J'adore ça. J'aime écrire et parler de sexe.

Pourquoi?
J'ai toujours eu un intérêt pour le sexe, mais je ne l'ai pas toujours vécu de manière aussi décomplexée qu'aujourd'hui. Adolescente, je me suis fait jeter de deux collèges parce que je dessinais des pin-up sur les casiers et je faisais des sculptures avec les poubelles. Je me suis ensuite calmée au moment de passer ma matu.

Une matu passée chez les chanoines à Saint-Maurice (VS). C'est de cette frustration qu'est né votre enthousiasme?
Peut-être. Reste qu'à Saint-Maurice j'ai été une élève modèle et j'ai même reçu des prix d'excellence. Ensuite je suis partie aux Etats-Unis et là-bas, j'ai été abstinente durant deux ans. J'y ai fait des études de cinéma et je vivais dans un monde de fiction. Je passais mes journées à regarder des films et à rêver au prince charmant sans mettre un pied dans la vraie vie. J'avais peur du monde.

Et le déclic, il est venu quand?
Quand j'ai rejoint Paris. Là je suis allée voir le film «Salo» de Pasolini et j'ai eu un flash. J'ai tout d'un coup vu et perçu le mal autrement. Tout ça m'a donné envie d'avoir un rapport réel au monde. Je suis allée dans un club échangiste et j'ai participé à une orgie. Ça m'a plu. Je me suis intéressée au porno pour accéder au côté brut et réel du monde. Pendant plusieurs années, j'ai tout expérimenté.

Ici à Paris, vous habitez un des quartiers chauds. En bas, les femmes vendent leurs charmes, ça aussi vous l'avez expérimenté?
Non. Si j'habite dans ce quartier c'est parce que j'aime son ambiance. J'aime observer les travailleuses du sexe, mais je n'en suis pas une.

Et votre maman, ça lui fait quoi de lire que sa fille est sadomaso et qu'elle s'adonne à toutes sortes de pratiques innommables dans un journal du dimanche?
Ma mère a été à rude épreuve depuis toujours avec moi. J'allais à l'école avec des torchons de cuisine en guise de jupe, alors vous imaginez... Ma mère m'aime et c'est tout. D'ailleurs je lui offre même des jouets sexuels à Noël, mais je ne crois pas qu'elle les utilise.

Aujourd'hui tout le monde sait que vous êtes une fille très très chaude, même dans votre petit village valaisan de Charrat. Ce n'est pas dérangeant?
Je n'ai rien à cacher parce qu'il n'y a aucune raison d'avoir honte de ce que je suis. Mais c'est vrai que depuis le magazine, je ne contrôle plus vraiment. Ça me fait un peu flipper, mais en même temps, j'adore cette sensation de perte de contrôle.

C'est un travail sur vous-même qui vous permet d'assumer aussi bien votre discours?
C'est tout un processus. J'ai toujours voulu être quelqu'un de libre et pour cela il faut jouer avec ses limites. Dès qu'un truc me dégoûtait, j'essayais d'aller au-delà et c'est pour cette raison que j'ai fait mes expériences.

Vous êtes aussi et surtout une artiste qui peint, dessine et écrit des bandes dessinées, y a-t-il une démarche ou une performance artistique derrière cet étalage de vos goûts sexuels?
Oui, ce magazine est un espace pour la créativité. Dans l'écriture comme dans le choix des sujets. Je ne suis pas qu'une fille qui parle de sexe et il n'y a pas que des culs dans ma vie même s'il y en a partout sur mes murs.

«Les Juliettes», c'est seulement un tremplin pour vous faire connaître, alors?
Non, pas du tout. Mais cette expérience me fait avancer. Je n'ai encore jamais osé exposer mon travail. Disons qu'étaler ma prose représente un début, mais paradoxalement, parler de mes expériences sexuelles dans le magazine est quelque chose de beaucoup moins personnel que de montrer mon travail artistique.

Comment vivez-vous matériellement parlant?
J'ai un mécène.

Un vrai mécène sans arrière-pensées?
Tout à fait. C'est un ancien amoureux qui a toujours cru en mon travail.

Malgré les mots très crus qu'on lit dans votre journal, il demeure un magazine qui vend des sex toys aux lectrices et qui leur fait croire que leur bonheur passe par le nombre de positions qu'elles expérimenteront, non?
Je ne crois pas. Notre but est de faire quelque chose d'excitant pour les filles, mais sans leur imposer des impératifs d'orgasme. Je trouve le sexe intéressant, mais je ne porte pas de jugement de valeur. Je ne dis pas que c'est bien ou mal. Il n'est pas question d'imposer un diktat de ce qu'il faut absolument faire pour être épanouie dans sa vie sexuelle comme dans sa vie professionnelle. C'est du divertissement. Mon message n'est pas de dire aux filles: «Soyez des cochonnes», mais: «Soyez qui vous êtes et éclatez-vous en nous lisant». D'ailleurs, moi-même, je ne suis pas une nympho.

Ah bon. Disons qu'en vous lisant on pourrait le penser?
J'ai un amoureux et du coup je suis retournée à l'âge de pierre. J'aime un homme préhistorique qui veut une relation exclusive avec moi.

Ce que vous faites ne le dérange pas?
Oui un peu. Mais il commence à se détendre et ça le fait rire. Je n'ai jamais eu aussi peu de sexe qu'avec cette histoire, mais je travaille à lui faire vivre de nouvelles expériences.

Ce magazine est destiné à quel public?
C'est plus une question d'état d'esprit que d'âge. Je pense que ma grand-mère l'aurait trouvé génial. Je ne le conseillerais par contre pas aux gamines. Mais aux filles à partir de 18 ans.

Certains pensent que c'est justement à cause de personnes comme vous qui font tomber des tabous que les jeunes ont des rapports sexuels de plus en plus en plus tôt et de plus en plus, disons, complets. Vous en sentez-vous responsable?
Absolument pas. Je lisais d'ailleurs l'autre jour une étude qui m'a bien fait rire parce qu'elle expliquait qu'on était sexuellement mature plus tôt aujourd'hui parce qu'on mangeait plus de protéines. Franchement si les jeunes couchent de plus en plus tôt alors autant qu'ils soient informés par des magazines comme le nôtre.

Je rêve ou dans le magazine il y a une photo du conseiller national valaisan Jean-René Germanier?
Non c'est bien lui. C'est l'ami de ma mère. J'ai mis cette photo pour rire et il l'a bien pris, ce qui montre son ouverture d'esprit.

Pourquoi avez-vous choisi le terme de perverse pour vous définir?
Parce que je le suis. Je suis attirée par les choses sordides et bizarres. C'est inné, mais je ne me souviens pas d'un élément déclencheur.

N'est-ce pas un peu malsain?
Ça me plaît de penser que ça l'est, mais je vous rassure je le vis de façon très saine.

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